Bien choisir sa solution électronique pour cigarette électronique

Un pharmacien à la curiosité insatiable, devenu l’un des inventeurs les plus discrets du XXIe siècle : voilà ce que fut Hon Lik. Derrière ce nom, le « père de la cigarette électronique », peu de reconnaissance, une gloire éphémère, puis l’oubli. Si l’industrie du vapotage n’a cessé de se transformer depuis 2004, le destin de son créateur n’a pas suivi la même trajectoire. Hon Lik, pionnier et victime des soubresauts du secteur, a vu sa marque Ruyan engloutie par les dettes et son nom, effacé des discussions professionnelles. Son histoire, pourtant, mérite d’être racontée.

Mais comment Hon Lik s’est-il retrouvé à inventer la cigarette électronique ? Qu’est-ce qui a nourri sa démarche, motivé ses années de recherche ? Pourquoi avoir lancé Ruyan, et où le vent l’a-t-il porté depuis ? Autant de questions qui traversent les cercles de passionnés, trop rarement éclairées.

Hon Lik, né en 1956 et diplômé en pharmacie, a d’abord fait ses armes dans la recherche médicale. Il occupe aujourd’hui un poste de consultant chez Fontem Ventures, filiale d’Imperial Tobacco. Son parcours passe par l’Institut de médecine traditionnelle chinoise, puis la création de JinLong Biological Science and Technology Co., Ltd, une étape clé de son cheminement.

En 1974, muté à la campagne en tant que « jeune éduqué », Hon Lik découvre le tabac. Loin de ses proches, la cigarette devient un remède à la solitude. Comme tant d’autres, il tombe dans la spirale de la dépendance. Deux à trois paquets par jour, surtout lors des périodes de tension professionnelle. Puis, la tragédie familiale : son père, grand fumeur, succombe à un cancer du poumon. Ce choc le pousse à tenter d’arrêter. Les patchs à la nicotine n’apportent aucun répit : oubli de les retirer, nuits hachées par des cauchemars. Rien n’y fait.

Les années 1980 voient Hon Lik poursuivre ses recherches à l’Institut de médecine traditionnelle chinoise du Liaoning. Puis, dans les années 1990, il quitte l’institut pour fonder sa propre entreprise dans le secteur biotechnologique.

En 2001, JinLong Technology Company Limited fait son entrée à la Bourse de Hong Kong sous le nom du « Golden Dragon Group », se spécialisant dans la recherche pharmaceutique. Mais la maladie de son père, puis son décès lié au tabagisme, bouleverse profondément Hon Lik. Chaque cigarette allumée lui rappelle ce deuil. Les mains tremblent, la sensation de détruire ses propres poumons s’impose. De cette douleur naît une idée nouvelle : trouver une alternative au tabac brûlé.

En 2002, Hon Lik se lance dans la conception d’un dispositif capable de délivrer la nicotine sans brûler de tabac. Dix ans de recherche en médecine lui servent de socle. Selon lui, la dépendance provient de la nicotine, mais ce sont le goudron et les produits de combustion qui rendent la cigarette si nocive. Isoler la nicotine, éliminer le reste : la promesse d’un moindre mal. Après de multiples essais, la cigarette électronique voit enfin le jour.

La chronologie de cette innovation se dessine ainsi :

  • En mars 2003, Hon Lik dépose un brevet sur cette invention qui changera la donne.
  • En mai 2004, la production industrielle commence.
  • En 2005, la marque Ruyan fait son apparition sur le marché.
  • Décembre 2006 marque la reprise de l’activité cigarette électronique de Hon Lik par le groupe Ryuyan, dont il reste actionnaire.

En novembre 2007, le Golden Dragon Group devient officiellement Ruyan Group. La valeur boursière s’envole à 120 milliards HK$, le titre atteint 116 HK$. Les produits Ruyan partent à la conquête de l’Europe et des États-Unis où ils rencontrent un succès immédiat.

Mais la donne change brutalement en 2009, quand la FDA interdit l’importation de cigarettes électroniques. Les affaires s’effondrent à l’international, forçant l’entreprise à se replier sur le marché chinois. Les chiffres dévoilés sont sans appel : 444 millions de yuans de pertes sur l’année. Les espoirs de rebond s’amenuisent.

En 2010, la situation devient critique : huit suspensions de cotation en sept mois, une levée de fonds de 87,6 millions de yuans pour tenter de sauver l’entreprise. En août, l’annonce tombe : le groupe s’appellera désormais Sanlong International, pour refléter une diversification des activités. Mais l’action ne vaut plus que 0,1 HK$, un effondrement spectaculaire.

2013 marque une page nouvelle : après une série de revers, Ruyan est rachetée par Empire Tabac, quatrième acteur mondial du secteur, pour 75 millions de dollars. La transaction inclut brevets, droits et contentieux potentiels. Hon Lik rejoint Fontem Ventures, la branche innovation d’Imperial Tobacco.

En novembre 2018, Hon Lik reprend la parole à l’occasion d’un débat houleux : le gouvernement de Hong Kong envisage d’interdire la vape. Selon lui, une telle mesure pénaliserait les adultes qui cherchent à réduire les risques liés au tabac. Il comprend la réserve des autorités face à l’usage par les mineurs, mais rappelle que les expériences menées au Royaume-Uni et aux États-Unis démontrent l’efficacité d’une régulation raisonnée pour faire reculer le tabagisme.

Ruyan appartient désormais au passé, et Hon Lik s’est effacé du devant de la scène. Pourtant, il serait injuste d’ignorer son apport à l’histoire de la cigarette électronique. Lui-même ironise parfois : peut-être faudra-t-il attendre vingt ou trente ans pour que sa contribution soit pleinement reconnue. D’ici là, le regard des fumeurs et des vapoteurs croise peut-être le sien, quelque part, discret mais déterminé, à l’abri des projecteurs.