La Russie domine tous les classements de superficie terrestre avec plus de 17 millions de km². Mais la question change radicalement quand on ajoute les zones maritimes et les revendications polaires. En intégrant mers et régions arctiques ou antarctiques, le pays le plus grand au monde n’est plus celui que l’on croit.
Superficie terrestre et superficie totale : deux mesures très différentes
Quand on parle de la taille d’un pays, on pense d’abord à ses frontières sur une carte. Cette superficie terrestre, c’est la terre ferme, plus les lacs et rivières intérieurs. La Russie arrive première avec ses 17 098 242 km², suivie du Canada et de la Chine.
Mais chaque État côtier possède aussi une zone économique exclusive (ZEE). Cette bande maritime s’étend jusqu’à 200 milles nautiques depuis les côtes. À l’intérieur de cette zone, le pays détient des droits sur les ressources du sol, du sous-sol et de la colonne d’eau.
Vous avez déjà remarqué que la France, pourtant modeste en superficie terrestre, est souvent citée parmi les géants maritimes ? C’est parce que ses territoires d’outre-mer (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Réunion, Guyane) lui confèrent une ZEE parmi les plus vastes de la planète.
Additionner terre, mers et zones polaires change complètement le classement. Un pays doté de nombreuses îles ou de revendications en Arctique et en Antarctique peut dépasser un géant continental comme la Russie.

Pays le plus grand au monde avec les zones maritimes : le cas des États-Unis
Selon des estimations de géographes compilant les données de la ZEE et du plateau continental, les États-Unis se hissent au premier rang mondial en superficie totale lorsque l’on additionne terre, mers et droits sur les fonds marins. Leur territoire terrestre dépasse déjà les 9 millions de km², mais c’est leur immense façade maritime qui fait la différence.
L’Alaska ouvre un accès direct à l’océan Arctique. Hawaï, Guam, les Samoa américaines et Porto Rico projettent la ZEE américaine à travers le Pacifique, les Caraïbes et l’Atlantique. À cela s’ajoutent des demandes d’extension de plateau continental en Arctique, déposées ces dernières années, qui couvrent une surface considérable de fonds marins.
Pourquoi ce résultat surprend
Les classements scolaires ne mesurent que la terre ferme. Un pays comme les États-Unis, déjà troisième ou quatrième selon les sources en superficie terrestre, passe devant la Russie dès qu’on intègre l’espace océanique sous juridiction. La raison tient à la géographie : des milliers d’îles et de territoires dispersés sur plusieurs océans génèrent des ZEE qui ne se chevauchent presque pas.
France et Australie : deux rivaux méconnus dans la course aux surfaces
La France se classe régulièrement parmi les trois premiers pays pour la superficie de sa ZEE. Ses territoires ultramarins couvrent presque tous les océans. Du Pacifique sud à l’Atlantique nord, en passant par l’océan Indien, la dispersion géographique française produit un domaine maritime considérable.
L’Australie présente un profil encore plus surprenant. Sa zone économique exclusive totale dépasse 10 millions de km². Une partie de cette surface provient du Territoire antarctique australien, qui ajoute environ 2 millions de km² de droits maritimes liés aux revendications polaires du pays.
En superficie terrestre seule, l’Australie reste loin derrière la Russie. Mais en ajoutant les mers et les zones polaires revendiquées, elle rivalise avec les tout premiers du classement.
- Les États-Unis combinent un vaste territoire continental, l’Alaska arctique et des îles réparties sur le Pacifique, l’Atlantique et les Caraïbes.
- La France tire sa puissance maritime de ses territoires d’outre-mer, dispersés sur cinq océans, ce qui lui donne une ZEE parmi les deux plus grandes au monde.
- L’Australie bénéficie d’un continent entier bordé d’océans, auquel s’ajoute sa revendication sur une part du continent antarctique.

Revendications arctiques et antarctiques : un territoire encore disputé
L’Arctique concentre les tensions géopolitiques liées à la taille réelle des pays. La Russie, le Canada, le Danemark (via le Groenland) et les États-Unis ont tous déposé ou modifié des demandes d’extension de plateau continental auprès de la Commission des limites du plateau continental de l’ONU, entre 2021 et 2024.
Ces demandes portent sur des centaines de milliers de km² de fonds marins sous la banquise arctique. La course au plateau continental arctique redessine la carte des grands pays. Un pays qui obtient gain de cause voit sa surface de juridiction augmenter de manière significative, même si cette zone ne concerne que le sous-sol marin.
L’Antarctique, un cas à part
Sept pays revendiquent des portions du continent antarctique : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la France, la Norvège, le Royaume-Uni, le Chili et l’Argentine. Le Traité sur l’Antarctique de 1959 gèle ces revendications sans les annuler. Cela signifie que ces surfaces ne sont pas reconnues internationalement, mais qu’elles existent dans les calculs de certains géographes.
L’Australie revendique la plus grande part de l’Antarctique, ce qui lui confère un avantage théorique dans les classements incluant les zones polaires.
Superficie et souveraineté : pourquoi la réponse dépend de la méthode de calcul
Il n’existe pas de réponse unique à la question du pays le plus grand au monde. Tout dépend de ce que l’on mesure.
- En superficie terrestre seule, la Russie reste première avec plus de 17 millions de km².
- En ajoutant les ZEE et les extensions de plateau continental, les États-Unis passent devant, suivis par la France et l’Australie.
- En intégrant les revendications polaires non reconnues, l’Australie peut théoriquement se rapprocher du sommet grâce à son immense Territoire antarctique.
Le choix de la méthode n’a rien d’anodin. Il reflète des enjeux concrets : accès aux ressources halieutiques, exploitation pétrolière sous-marine, contrôle des routes maritimes en Arctique. La taille d’un pays est autant une question politique que géographique.
Les prochaines décisions de la Commission des limites du plateau continental pourraient modifier ce classement. Les demandes d’extension en Arctique, portées par la Russie, le Canada et les États-Unis, ajouteront potentiellement des surfaces équivalentes à de grands pays européens. La carte du monde, contrairement à ce que suggèrent les atlas figés, continue de bouger.

